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Entretien avec des salariés de MBDA

Entretien avec des salariés de MBDA

L’actualité de ces derniers mois nous amène à appréhender la situation dans les entreprises qui ont pour seule logique la suppression d’emplois comme remède pour augmenter les profits.

Pour ce faire nous avons rencontré, des communistes de l’entreprise de MBDA France à Bourges afin d’évoquer avec eux cette réorganisation industrielle programmée par leur Direction.

Est-ce que pour vous la réorganisation de vos sites est une vraie politique industrielle ?

Pascal Houdek : Nous considérons que le seul but poursuivi par l’entreprise est une stratégie de profits financiers. Ce sont les salariés qui vont subir cette restructuration et ceci afin que le salaire des actionnaires passe de 8 à 10 %.

Il faut savoir qu’une entreprise à 3 % de taux de profit est rentable. Cette rentabilité financière se fait au détriment des emplois et de la pérennité de notre entreprise.

Une autre démarche de la Direction est de culpabiliser les salariés sur les coûts trop élevés. De ce fait des charges sont externalisées et ce pour des gains supplémentaires.

Justement une question nous vient à l’esprit, votre Direction s’oriente-t-elle vers des investissements afin de récupérer des charges ?

Patrick Baudouin : C’est là que le bas blesse. Il n’existe aucune une volonté politique industrielle en terme de charges nouvelles pour assurer la pérennité de nos fabrications.

Nous avons suffisamment d’exemples qui, d’ailleurs, n’ont pas vraiment été étudiés par notre Direction :

Nous avons les infrastructures ainsi que le potentiel humain et le savoir-faire pour recevoir des charges nouvelles en aéronautique (Airbus : A380 - A350 - A400M). Il faut savoir qu’EADS ne peut absorber toutes les commandes d’Airbus prévues dans les années qui viennent. Il faut aussi se positionner sur le créneau de la fabrication de missiles Antichars, développer de nouveaux programmes afin de renouveler tous nos produits, avoir aussi une démarche volontariste de notre société sur le créneau de la démilitarisation.

Il existe aussi d’autres pistes de réflexion sur les composites ainsi que sur les moyens d’études mécaniques pour des activités nouvelles.

Comme vous pouvez le constater, nous avons besoin de toute notre technicité, nos compétences, plutôt que de fragiliser l’entreprise par des suppressions de poste.

Que représente cette restructuration en terme d’emploi ?

Laurence Collonge : Ce sont plus de 400 emplois en moins sur Bourges. Ces emplois supprimés auront un impact dans le tissu social de la région Centre et le département du Cher déjà fortement touché par des suppression d’emplois dans d’autres entreprises (Michelin, Giat, Manoir Industries, etc...)

Depuis quelques années, le constat est amer. Aucune transmission du savoir faire, aucun apprenti formé dans l’entreprise embauché. C’est pourtant le fondement même de notre société qui s’effrite.

La Direction après avoir développé la précarité (CDD, intérimaires) entraîne la fuite des compétences car aucun de ces salariés ne sont embauché.

Un indice important pour la vie d’une entreprise est la moyenne d’âge. Nous approchons d’une moyenne de 47 ANS !!!

Plus fort encore, 61 % des salariés ont plus de 45 ans.

Nous considérons que sur le volet emploi, notre entreprise est plutôt tournée vers le déclin que sur le renouvellement des compétences.

Comment s’organise le combat contre ce projet industriel proposé par votre Direction ?

Thierry Piédois : Nous avons pu constater que toutes les organisations syndicales sont ensemble pour combattre cette stratégie financière.

Depuis quatre mois, les salariés ont bien saisi que ce projet était néfaste pour eux car il n’y a aucune perspective d’avenir.

La non diversification de nos activités entraînerait à moyen terme un risque de menace de leur emploi. Il faut admettre aussi que les restructurations et délocalisations successives n’ont été faites que dans un seul but : réduire les effectifs et les salariés ont un ras le bol des discours promettant un meilleur avenir industriel.

Nous constatons que les gens s’approprient et débattent des revendications. Ils deviennent plus responsables et veulent des réponses concrètes sur leur devenir.

Ils sont à la recherche d’informations et cela devient une force pour alimenter et tenir les salariés au courant des différentes étapes des négociations sur ce projet de la Direction.

Nous démontrons qu’avec leur aide, tout peut changer et que rien n’est inéluctable, c’est pourquoi il a été proposé un autre projet industriel alternatif et qui prend en compte l’attente des salariés.

A ce jour, la Direction a reculé sur certains points mais cela reste insuffisant.

Nous sommes toujours dans ce combat comme d’autres entreprises le vivent au quotidien : c’est à dire contre la rentabilité financière et l’ultralibéralisme tant prôner par nos gouvernants.


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