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Hommage aux communistes du Cher

Allocution de Jean-Michel Guérineau vendredi 7 septembre 2007.

Mesdames, Messieurs, chers amis, chers camarades,

Il y a 63 ans, durant l’été 1944, la France se libérait de 4 années d’occupation nazie. AU printemps suivant, le 8 mai 1945, l’Allemagne hitlérienne capitulait et l’Europe sortait enfin du cauchemar et de la barbarie. Les déportés survivants des camps de la mort, les prisonniers de guerre, les requis du STO pouvaient rentrer en France. Une France exsangue par les sacrifices imposés par les occupants et les traîtres à son service, mais une France qui avait renoué avec la démocratie et la République, qui avait retrouvé sa souveraineté et son indépendance, une France redevenue un pays libre.

Cette France retrouvée, cette Europe libérée de l’oppression, nous les devons à toutes celles et tous ceux qui se sont sacrifiés : aux soldats alliés américains, soviétiques, anglais, canadiens, aux patriotes français qui ont répondu à l’appel du général De Gaulle et constitué les Forces Françaises Libres et à ceux qui ont participé à la Résistance sur le sol national.

Dans le Cher, ils ont payé un lourd tribu :

Parmi ces fusillés, ces déportés, parmi ceux qui sont tombés dans les combats de la Libération, nombreux étaient communistes. Parmi d’autres, ils se sont levés contre le fascisme, la barbarie nazie, pour la liberté de notre peuple et lui permettre de construire un monde plus juste, plus humain, plus fraternel.

Car tous rêvaient d’une libération nationale et d’un nouveau progrès social et démocratique. Certains l’ont payé de leur vie ; leurs noms sont sur cette stèle. D’autres nous ont quitté au fil des années. D’autres, enfin, sont parmi nous et témoignent jour après jour de leur engagement, de leur engagement de communiste.

Car, pourquoi le cacher ? Pourquoi le taire ? Les communistes ont été au premier rang des combattants de la liberté, ce que François Mauriac a traduit par ces mots : « La classe ouvrière, seule dans sa masse, est restée fidèle à la France profanée ».

Au-delà de l’hommage que nous devons rendre aujourd’hui à toutes celles et tous ceux qui ont combattu le nazisme - quelles que soient leur religion, leur préférence philosophique ou politique - il nous revient à nous communistes d’aujourd’hui de rappeler ce rôle essentiel tenu par les communistes français pour redonner ses couleurs à la France.

Certes, la légende est tenace qui veut que les communistes ne soient entrés en résistance qu’après l’entrée en guerre de l’Union Soviétique. C’est une injure à tous ces communistes arrêtés, emprisonnés, fusillés pour certains, entre juin 40 et juin 41, pour actes de résistance, confirmés en décembre 40 par le préfet du Cher déclarant que « le PCF dans le Cher est la seule organisation politique faisant preuve d’une activité qui ne soit pas individuelle et isolée ».

Abordant cette période particulièrement sombre où les rais de lumière étaient bien ténus, comment ne pas évoquer la figure de Guy MÔQUET ? Il incarne l’esprit de résistance face à l’horreur nazie mais aussi la dimension exceptionnelle du militant communiste, le plus jeune des 27 otages du camp de Chateaubriant fusillés par les nazis. Guy MÔQUET a 16 ans lorsque le 13 octobre 1940 il est arrêté par les policiers français à Paris, au métro Gare de l’Est. C’est le 20 octobre 1941 que le commandant des troupes d’occupation est exécuté à Nantes. Pucheu, ministre de l’Intérieur du gouvernement Pétain, à la demande des nazis, sélectionne, en représailles, des otages. Il choisira des communistes afin comme il le dit d’éviter« de laisser fusiller 50 bons français » ! Guy MÔQUET était de ces 27 otages, fusillés le 22 octobre 1941. Vous le savez, le 22 octobre prochain, conformément au souhait du Président de la République, dans chaque lycée de France sera donné lecture aux lycéens de la dernière lettre de Guy MÔQUET. Pour autant que ne soit évacués ni le contexte de la rédaction de cette lettre, ni l’engagement de son auteur, il s’agit là d’une initiative forte en direction de la jeunesse et d’une contribution bienvenue au devoir de mémoire. C’est dans le même esprit que je viens de solliciter le Maire de Bourges pour que, dans un avenir proche, une rue de notre ville puisse prendre le nom de Guy MÔQUET, contribuant ainsi à relayer au quotidien ce devoir de mémoire.

Mais la résistance, cela a été aussi le Conseil National de la Résistance et sa création par Jean Moulin le 27 mai 1943. Les communistes se sont battus comme d’autres, avec d’autres, pour l’union de la résistance. La création du CNR le symbolisait mais au-delà, avec l’établissement d’un programme économique, social, politique, le CNR avait le souci de jeter les bases d’une société nouvelle, plus juste, plus solidaire.

La création de la sécurité sociale, une retraite décente, la création d’entreprises publiques performantes, le renforcement des droits des salariés dans l’entreprise, la possibilité donnée à tous les enfants d’accéder au savoir et à la culture quelque soit la situation de fortune des parents, etc... figurent au programme du CNR. Tout cela a été possible dans un pays exsangue et on continue à nous expliquer aujourd’hui que, dans un pays et un monde plus riches, nous aurions moins de moyens pour nous soigner, qu’il faudrait travailler plus longtemps, cotiser plus et avec un salaire bloqué, que nous n’aurions plus les moyens d’avoir des services publics !

Bien sûr, tout cela est faux ! Mais il y a une chose qui est vraie : c’est qu’on ne peut pas assurer un emploi à tout le monde, une assurance maladie égale pour tous, une retraite décente, des services publics de qualité, des salaires corrects si l’on accepte comme seul objectif économique que le rendement des actions dépasse les 15 à 20%. Ce rendement d’actions obtenu entre autres par des licenciements massifs, des délocalisations ou encore l’augmentation des prix !

La mise à bas de tous ces acquis de la résistance, mais aussi ceux qui ont suivi dans toute une partie du siècle dernier, sonne comme une insulte à l’égard de celles et ceux qui ont redonné sa liberté à la France, à celles et ceux qui l’ont reconstruite.

Nous sommes de ceux qui veulent continuer à porter les messages de la Résistance. Et aujourd’hui, la question fondamentale est bien celle de la répartition des richesses et de leur utilisation. C’est la question clef !

Le choix à faire aujourd’hui, c’est d’avoir la volonté de se donner les moyens d’inverser l’ordre des priorités et des valeurs.

Utopie me direz-vous ? Peut-être mais pas davantage qu’il y a plus de 67 ans quand au coeur de la nuit la plus noire, certains se sont efforcés de faire vivre la flamme de l’espoir, de la dignité, de la libération et de la construction d’un monde meilleur.

Alors oui, il faut sans doute avoir un peu d’audace aujourd’hui pour affronter la mondialisation à la sauce capitaliste pour affronter ces prétendues idées et mesures modernes qui ne sont que la resucée des vieilles badernes profitant toujours aux mêmes.

Dans les conditions d’aujourd’hui, je crois surtout qu’il faut tout simplement oser et agir avec tous ceux qui le souhaitent pour inventer, construire, travailler aux conditions du changement progressiste dans la société et le monde d’aujourd’hui !

Malgré ces difficultés, notre combat c’est l’UNION ! Notre vocation, C’EST DE RASSEMBLER !

Ayons confiance en notre force, en notre Union, en nos valeurs de Justice, de Solidarité, de Paix et de Liberté.

Restons fidèles à ceux que nous honorons aujourd’hui, restons fidèles à Guy MÔQUET dont la dernière lettre à « (sa) petite maman chérie » disait « Je vais mourir ! ... Certes j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose » et qui se terminait par ce mot souligné : « Courage ! »


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