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Une fois n’est pas coutume, la dernière livraison de la lettre du député Fromion mérite quelques commentaires, tant son contenu illustre la stratégie actuelle de la droite.
Revenant dans son édito sur les violences urbaines, le député d’Aubigny écrit : « Sarkozy, Villepin, Chirac [on remarquera l’ordre bien choisi des personnalités citées] en forte hausse dans tous les sondages à la suite des désordres des banlieues et d’ailleurs. Qui pouvait prédire cela alors que tant de bonimenteurs annonçaient le fiasco du gouvernement ? » Habile pirouette ou bien, aveu de manipulation ? Un pirouette s’il s’agit de transformer l’embrasement des cités en succès pour la politique du gouvernement. En effet cet embrasement démontre l’échec patent de sa politique : associations sacrifiées, police de proximité et emplois jeunes supprimés, moyens en baisse pour l’Education nationale... S’il a su rétablir l’ordre, le pouvoir n’en est pas moins responsable du désordre et du chaos qui s’est produit, comme en témoignent les premières mesures annoncées le calme revenu, consistant à réinjecter une partie des moyens qu’il avait supprimés. Une manipulation enfin, si par ses déclarations incendiaires, la stigmatisation systématique des habitants des banlieues, Nicolas Sarkozy espérait apparaître comme l’homme de la situation pour rétablir et garantir la sécurité à grand renfort de police.
Très en verve comme à son habitude, le député Fromion stigmatise « ceux qui font de notre pays le laboratoire de leurs fantasmes tiers-mondialistes. » Qui est dans le viseur ? Ceux qui s’attachent à la défense des droits de l’homme (pilier central mais tant malmené, de notre République), ceux qui osent dire que le pouvoir ment lorsqu’il prétend défendre la République quand il s’attache seulement à défendre une poignée de privilégiés et de grandes fortunes. Lors du débat budgétaire, alors que beaucoup, et pas seulement à gauche, s’accordaient à dire que nombre de quartiers souffraient de la misère grandissante, les députés UMP, dont M.Fromion, s’attaquaient à l’impôt sur la fortune et votaient plus d’un milliard d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches. Union pour une Minorité de Privilégiés, telle est le sens véritable du sigle UMP. Dès lors, quelle crédibilité apporter à celui qui se présente comme le défenseur des petites gens ? Aucune. Il n’a, comme ses amis de l’UMP, que de la peur à revendre à la population.
La peur, c’est le sujet de son deuxième article, intitulé « La nuit des bouffons »( ?). Il commence par un dialogue daté précisément du 7 novembre à 14h47 entre plusieurs personnes « des Gibjoncs », dont les paroles ne laissent aucun doute sur leur âge : ce sont des jeunes qui parlent jeune. Pêle-mêle, « Skyblog », « la télé, les meufs, les keufs » tiennent une place de choix dans cet échange. Et d’arriver à la fin à ce que l’un d’eux déclare : « Putain on va tout cramer, c’est la joie. On va les crever les keufs !. » On apprend à l’issue, que ces propos ont été recueillis « grâce à un enregistreur virtuel », mais qu’ils illustrent ce que « les responsables des Renseignements généraux ont déclaré devant la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale. » En fait, de faux propos qui pourraient être vrais. Des propos que ces jeunes des Gibjoncs n’ont pas tenus, mais qui sont rapportés et écrits par Fromion. Bref, un fantasme, dont le seul objectif est de dire à la population : « vous avez raison d’avoir peur ». Et c’est ce même fantasme qui fonde cette sentence contre « ceux qui ont revendiqué la responsabilité d’éduquer les jeunes et qui peuvent mesurer l’étendue de leur échec éducatif. » Un peu plus loin, dans un article vantant l’apprentissage à 14 ans, le député Fromion stigmatise le Collège, « principal faiblesse de notre société », et les syndicats d’enseignants, « très souvent décalés de leur base ». Bâtir ce qui se veut une analyse, sur des propos virtuels que l’on fait tenir aux jeunes, montre la fragilité de l’argument et sa grande dangerosité.
Fidèle lieutenant du Ministre de l’Intérieur et Président de l’UMP, Yves Fromion sert dans le Cher cette stratégie politique qui consiste d’une part à masquer d’un rideau de fumée sécuritaire l’urgence sociale que connaît notre pays, et d’autre part à séduire la frange la plus dure de la droite et à mordre sur le terrain du FN. Il est vrai qu’il connaît mieux ce terrain que celui des cités populaires : en 1998, il fut l’un des artisans de la collusion d’une partie de la droite et du FN pour permettre l’élection d’un Président UDF à la tête de la Région Centre (voir Réseau Voltaire).
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Crédit photo : Photothèque du mouvement social.
Conseiller municipal de Bourges