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Vendredi 13 octobre, une belle soirée réunissait de nombreux habitants des quartiers Nord, des représentants d’associations, dans un Hublot comble, pour rendre hommage à l’association El Qantara et à son président Pierre André Effa. Jean-Claude SANDRIER, Député du Cher et organisateur de cette manifestation, a rendu dans un beau discours, l’hommage mérité à l’action de cette association. Nous reproduisons ci-dessous son discours.
Mesdames, Messieurs, Chers amis d’El Qantara, Cher Pierre-André,
Je voudrais d’abord vous remercier pour votre présence ce soir afin, comme le dit le titre de cette soirée, de donner un coup de chapeau à El Qantara. Ce coup de chapeau prendra bien sûr la forme symbolique de la remise de la médaille de l’Assemblée Nationale à Pierre-André, Président de l’association, mais au-delà de cet acte symbolique c’est à toutes celles et tous ceux qui ont fait cette association, qui la font vivre aujourd’hui que je souhaite, ce soir, rendre hommage.
Il faut d’abord rappeler d’où vient cette association. Nommée d’abord « Chants et Danses du Maghreb », elle prend corps en 1983 avec la rencontre d’Elhadi Charriffa, directeur artistique au théâtre national d’Alger venu à Bourges aux Rencontres Internationales de Danse Contemporaine et qui accepte d’animer un premier stage de danse traditionnelle du Maghreb en juillet. Puis vient la Marche pour l’égalité à laquelle participe des jeunes Berruyers et qui permit l’émergence sur la scène publique de dizaines de milliers de jeunes issus de l’immigration et des cités populaires mettant en avant l’égalité des droits et la justice pour tous !
Beaucoup d’initiatives suivent alors avec des spectacles et des tournées dans de nombreuses villes de la Région et au delà et même en avril 1987 en ouverture du Printemps de Bourges au Palais des Congrès devant 2000 personnes. Puis « Chants et Danses du Maghreb » devient « El Qantara ». Comme se plait à le souligner fréquemment Pierre-André, El Qantara signifie, en arabe, la passerelle. Une passerelle, c’est un pont, souvent étroit, réservé aux piétons. Au sens figuré, c’est un passage, une communication. Et bien « El Qantara », c’est cela : une passerelle entre les citoyens, un passage souvent étroit qui ouvre vers un espace libre d’échange et de partage, de création et d’expression artistique
C’est cette passerelle qui ouvre vers les ateliers de danse, de musique, d’accompagnement scolaire, de multimédia, qui ouvre aussi sur les rencontres qui, chaque année, permettent à la fois de faire percevoir au plus grand nombre les activités et la philosophie de l’association et d’ouvrir des réflexions citoyennes à travers expositions et débats. C’est aussi la production de l’ensemble vocal et instrumental de musique arabo-andalouse Albaycin qui porte le beau nom d’un quartier populaire de Grenade, en Andalousie, l’une des régions d’Europe qui illustre peut-être le mieux cette notion de passerelle entre les cultures dans le respect et la découverte mutuels. C’est aussi cela que vous avez voulu mettre en exergue, à partir de 1991, dans la belle adaptation du « Fou d’Elsa » d’Aragon, véritable hymne poétique à l’Andalousie à l’amour et à la tolérance !
Beaucoup de chemin a été parcouru. C’est vrai sur le plan artistique, mais au delà c’est vrai du rayonnement et de l’importance de l’association. En développant des pratiques éducatives, artistiques et culturelles dans un contexte social et urbain d’une fragilité certaine, El Qantara fait œuvre d’éducation populaire dans le sens le plus noble du terme.
Parce qu’elle s’adresse principalement aux enfants et aux jeunes majoritairement issus des établissements scolaires des quartiers nord. Parce qu’elle s’adresse à tous sans distinction de nationalité ou de religion. Comme le dit son directeur, El Qantara, c’est une mini Société des Nations où se côtoient Français, Algériens, Vietnamiens, Turcs, Kurdes, Marocains, Italiens, Palestiniens, Belges, Thaïlandais, Sénégalais, Chiliens, Tunisiens, Mauritaniens, Espagnols, Iraniens, Haïtiens, Kosovars, Bosniaques, Serbes, Portugais, Laotiens, ... Parce que son action conjugue à la fois lutte contre l’échec scolaire, lutte contre l’inégalité d’accès à certains domaines artistiques et culturels, pour la promotion des habitants et des quartiers nord.
Mais si elle prend racine dans une sorte de mouvement national, cette association est née ici, à Bourges, dans nos quartiers Nord. Elle a su se développer avec l’écoute attentive d’une équipe municipale de progrès, rassemblant la gauche conduite par Jacques Rimbault et au sein de laquelle se trouvait un homme, certes discret, mais qui avait, chevillé au cœur, l’amour de nos quartiers Nord : Pierre Effa.
Dans ces années 80, le souci des quartiers Nord, des habitants de ces quartiers et notamment des jeunes était le souci majeur de l’équipe municipale.
Les aménagements urbains, le parc paysager des Gibjoncs, la reconquête de la ferme des Pressavois, la suppression des baraquements dans les écoles et leur remplacement par des bâtiments en dur fonctionnels, l’installation de restaurants scolaires en prenant soin de les installer au plus près des enfants, dans les groupes scolaires sans perdre de vue que ce repas chaud et équilibré de midi est pour beaucoup de gosses le seul de la journée... La liste pourrait durer longtemps !
Mais l’une de ces réalisations mérite d’être contée. « En 1977, l’école maternelle de la rue des frères Michelin est entièrement faite de préfabriqués. Un nouveau bâtiment en dur est construit à proximité, il deviendra l’école maternelle Louise Michel. La démolition des baraquements est imminente quand des jeunes s’adressent en ces termes à Jacques Rimbault : laissez nous ces baraques pour que nous ayons là un lieu où nous pourrons nous réunir librement... Les associations appuient ce vœu, elles aussi ont bien besoin de locaux. Ces baraquements abriteront donc également un lieu de prière musulman, un centre pour les jeunes amis des animaux, une salle pour le service municipal de l’enfance. Mais l’endroit, vétuste, n’engage pas au respect. Lors d’une réunion des Assises de quartier, les jeunes réclament un bâtiment plus digne. L’idée fait son chemin, la décision est prise, on édifie le « Hameau de la Fraternité » : un patio autour duquel s’ouvre des salles et des bureaux, les uns voués à des activités permanentes, les autres partagés pour un fonctionnement en commun. Il y a un atelier de création chorégraphique, l’école de musique arabo-andalouse, l’atelier théâtre, le service enfance, le musée de l’oiseau animé par des jeunes... Deux pignons s’ornent de fresques réalisées par des artistes du quartier, deux Chiliens réfugiés en France et dont le nom : Monsalvé restera gravé dans nos coeurs. Le tout est placé sous la responsabilité des usagers avec l’aide d’un gardien et l’on constate la propreté générale et l’absence de tout vandalisme, dans un quartier pourtant jugé difficile. Des enfants, des jeunes, des adultes se sont approprié et administrent ce qu’ils ont voulu et conçu. » Et aujourd’hui, ça marche encore ! Quel exemple !
Et bien El Qantara, c’est aussi une illustration de cette dynamique de cet esprit de fraternité, de solidarité antidote à l’esprit de racisme, de xénophobie, de repli sur soi.
Aujourd’hui, c’est vrai la situation est différente. Nos quartiers souffrent, minés par les dégâts d’une guerre économique sans merci qui voit le chômage, l’emploi précaire et sous-payé, la détresse sociale se développer alors même que d’autres, ailleurs, voient s’accroître leurs dividendes, leurs fortunes de façon éhontée. Quand on y ajoute le sentiment de ne pas être écoutés ressenti par les habitants, leurs associations, on se trouve devant des douleurs accrues et des murs qui apparaissent de plus en plus infranchissables. Malgré tout, malgré les difficultés, malgré les bâtons dans les roues, certains ne se découragent pas et résistent. El Qantara est de ceux là et pour cela aussi ce coup de chapeau est non seulement mérité mais aussi nécessaire.
C’est parce que cet engagement persiste, qu’il s’illustre par des Pierre-André Effa, des Rachid Guerbas, des Nadia Litim, des Yacine El Kassami, des Kheïra Hadjeres et tant d’autres que dans nos quartiers Nord on continue à lutter, on ne baisse pas les bras. Cet engagement associatif qu’il soit autour du centre social, du comité des habitants, de la paroisse, des mosquées, des associations de locataires, il faut le préserver, il faut le soutenir, l’aider. Ce coup de chapeau, il est aussi pour tous ceux là !
C’est parce que ceux là existent, agissent que l’humain arrive encore à prendre le dessus sur toute autre considération, que les valeurs de solidarité, de fraternité continuent à se frayer un chemin dans nos vies.
Bien loin d’un quelconque communautarisme qui affirmerait la communauté comme une valeur supérieure aux valeurs universelles de liberté, d’égalité de solidarité et de paix, El Qantara participe, oh combien ! à mettre l’accent sur ce qu’il y a de commun à tous les Hommes, à mettre l’accent sur l’unité du genre humain en respectant et en faisant se rencontrer ses diversités. En cela, elle joue un rôle majeur pour l’éducation des jeunes, pour l’exercice de la citoyenneté du plus grand nombre, bref elle joue un rôle majeur d’utilité publique, d’utilité républicaine.
La passerelle n’est plus alors ce chemin étroit qui se perdrait dans une sorte de désert d’inhumanité. Non ! Elle est ce superbe cordon par où s’effectue le partage des cultures et où l’Homme au lieu de s’isoler dans une vision communautaire étroite, s’élève au contraire vers les valeurs universelles de l’Humanité.
Dans le combat qui est le mien pour changer cette société écrasée par les marchés financiers et que le Professeur Jacquard a appelé « barbare », par une société où il n’y aura pas d’autre valeur que l’être humain, soutenir et rendre hommage à des associations comme El Qantara, c’est à la fois naturel, réconfortant et pour moi un devoir. Un devoir que je veux assumer ce soir non comme une obligation, non comme une contrainte mais comme un acte d’abord de profonde amitié et de reconnaissance pour tout ce que vous faites.
Mais à chacune et chacun d’entre vous, je veux dire ma fierté d’être parmi vous ce soir car vous êtes les messagers, dans nos quartiers Nord de Bourges et pour notre ville toute entière, qui portent haut les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.
Pierre-André : La médaille que je vais te remettre, je sais qu’elle va, au-delà de toi - et tu ne le concevrais pas autrement - à toutes celles et tous ceux qui ont fait et font El Qantara. Et c’est justice ! Mais elle va aussi - permets moi de le dire ici ce soir - à l’homme Pierre-André Effa parce que ton engagement personnel a toujours été déterminant dans l’existence d’El Qantara, dans le respect que tous les esprits épris de paix, de justice, de solidarité accordent à El Qantara. Alors ce geste de te remettre cette belle médaille de l’Assemblée Nationale, je le fais au Président, à l’ami et à l’homme Pierre-André Effa.